Chambre noire - photographie » Sladjana Stankovic

Sladjana Stankovic

Sladjana Stankovic est née en 1966 à Trstenik en Ex-Yougoslavie, elle vit et travaille entre Belgrade et Paris depuis 2002.
Ses pas et ses projets l’ont conduite régulièrement à la recherche d’une autre réalité humaine des Balkans d’aujourd’hui. En Serbie, elle s’est intéressée à ces ouvriers et ces mineurs qui poursuivent leur travail quand tout s’est arrêté autour d’eux. Elle est passionnément attirée par les enfants Roms des rues, elle les a suivis là où ils vivent, y a passé du temps et continue d’y aller souvent.
Attentive à ces univers à la marge, elle a rencontré des enfants dans un orphelinat en Bulgarie, perdu au pied de la montagne. A Paris, pendant une année, elle a tenté de photographier les hommes qui vivent dans la rue, là encore une autre réalité. Son travail a été régulièrement exposé à Paris (Maison d’Europe et d’Orient, Centre 100, La Grange aux Belles…).
A Belgrade elle a exposé en 2012 et 2013 à la Ulična Galerija, et en 2014 à l’Institut Français et au festival Krokodil.

Aménagements successifs du noir

Aménagements successifs du noir

18 photographies

Belgrade: ville blanche, ville noire

Ces photos ont été prises à Belgrade ces deux dernières années. Belgrade, autrement dit "la ville blanche", la capitale du pays que j'ai quitté il y a dix ans, écoeurée par la violence des années quatre-vingt-dix, qui n'en finissait pas. Belgrade où je suis revenue un peu par hasard, un peu par envie, entremêlés d'espoirs et d'appréhensions.

Tout de suite j'ai eu besoin de marcher, marcher, arpenter, observer. Comme pour confronter des peurs. Je suis partie à la recherche de quelque chose sans savoir de quoi; mes pas toujours incertains, déterminés pourtant.

Et voilà ces images gorgées d'encre noire.

"La femme attend que la nuit tombe. Tout le jour, à ses fenêtres, au deuxième étage de l’immeuble, les rideaux restent tirés. L’homme en bas se demande si c’est vrai qu’elle est là, s’il n’a pas rêvé qu’elle était revenue. Et puis la nuit tombe. Partout les lumières aux fenêtres s’allument. La femme descend. Elle jette un regard à la ronde, comme pour s’assurer que tout est bien désert. Pendant une fraction de seconde ses yeux fouillent l’obscurité, scrutent le trou noir du porche où se cache l’homme."
Sylvain Prudhomme, "Aménagements successifs du noir" (extrait).

Maison blanche

Maison blanche

22 photographies

Orphelinat en Bulgarie, 2008-2009 Une grande maison blanche, là-haut, au bord de la ville. C’est là que vivent les protagonistes d’une autre histoire des Balkans.
En franchir le seuil, la première fois, c’est comme s’enfoncer dans les ténèbres. Les longs couloirs étroits, les plafonds bas, les recoins mal éclairés d’où suintent l’humidité et la solitude accumulées. Des petites mains, les doigts froids, m’entraînent dans leur monde.
J’ai voulu essayer de raconter leur histoire. Celles d’enfants abandonnés mais doués d’une force et d’une énergie qui ne vous lâchent plus.
Au réveil, encore endormis, les pas qui s’animent peu à peu en cherchant les chaussures, les mains qui s’évertuent à refaire encore leurs pauvres lits, les cavalcades vers le petit déjeuner. Une autre journée qui commence. Dehors, au pied des montagnes, l’hiver, dur.
Leurs jours sont fait d’attente et de jeux. Ils jouent, ils attendent. Attentifs, attachés les uns aux autres, attachés aussi à cette maison, obscure, si présente.
Leurs yeux vous dévisagent, vous sollicitent, vous interrogent. Ils semblent pourtant avoir déjà tant vu et tant compris. Fenêtres et miroirs.

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